Maître du monde
I. Ce qui se passe dans le pays.
Cette rangée de montagnes, parall?le au littoral américain de l'Atlantique, qui sillonne la Caroline du Nord, la Virginie, le Maryland, la Pennsylvanie, l'État de New York, porte le double nom de monts Alleghanys et de monts Apalaches. Elle est formée de deux chaînes distinctes: a l'ouest, les monts Cumberland, a l'est, les Montagnes Bleues.
Si ce syst?me orographique, le plus considérable de cette partie de l'Amérique du Nord, se dresse sur une longueur d'environ neuf cents milles, soit seize cents kilom?tres, il ne dépasse pas six mille pieds en moyenne altitude et son point culminant est marqué par le mont Washington.
Cette sorte d'échine, dont les deux extrémités trempent, l'une dans les eaux de l'Alabama, l'autre dans les eaux du Saint-Laurent, ne sollicite que médiocrement la visite des alpinistes. Son ar?te supérieure ne se profilant pas a travers les hautes zones de l'atmosph?re, elle ne saurait attirer comme les superbes sommités de l'ancien et du nouveau monde. Cependant il était un point de cette chaîne, le Great-Eyry, que les touristes n'auraient pu atteindre, et il semblait bien qu'il f?t pour ainsi dire inaccessible.
D'ailleurs, bien qu'il e?t été négligé jusqu'alors par les ascensionnistes, ce Great-Eyry n'allait pas tarder a provoquer l'attention et m?me l'inquiétude publique pour des raisons tr?s particuli?res que je dois rapporter au début de cette histoire.
Si je mets en sc?ne ma propre personne, cela tient a ce qu'elle a été tr?s intimement m?lée, - cela se verra, - a l'un des événements les plus extraordinaires dont ce vingti?me si?cle doive sans doute ?tre le témoin. Et j'en suis m?me a me demander parfois s'il s'est accompli, s'il s'est passé tel que me le rappelle ma mémoire, - peut-?tre serait-il plus juste de dire mon imagination. Mais, en ma qualité d'inspecteur principal de la police de Washington, poussé, d'ailleurs, par l'instinct de curiosité qui est développé en moi a un degré extr?me, ayant depuis quinze ans pris part a tant d'affaires diverses, souvent chargé de missions secr?tes pour lesquelles j'avais un go?t prononcé, il n'est pas étonnant que mes chefs m'aient lancé dans cette invraisemblable aventure o? je devais me trouver aux prises avec d'impénétrables myst?res. Seulement, d?s le début de ce récit, il est indispensable que l'on me croie sur parole. A propos de ces faits prodigieux, je ne puis apporter d'autre témoignage que le mien. Si l'on ne veut pas me croire, soit! on ne me croira pas.
Le Great-Eyry est précisément situé en un point de cette chaîne pittoresque des Montagnes Bleues qui se profile sur la partie occidentale de la Caroline du Nord. On aperçoit assez distincte sa forme arrondie en sortant de la bourgade de Morganton, bâtie sur le bord de la Sarawba-river, et mieux encore du village de Pleasant-Garden, plus rapproché de quelques milles.
Qu'est-ce, en somme, ce Great-Eyry?... Justifie-t-il cette appellation que lui ont donnée les habitants des districts voisins de cette région des Montagnes Bleues?... Que celles-ci aient été ainsi dénommées en raison de leur silhouette qui se teinte d'azur dans certaines conditions atmosphériques, rien de plus naturel. Mais si du Great-Eyry on a fait une aire, est-ce donc que les oiseaux de proie s'y réfugient, aigles, vautours ou condors?... Est-ce la un habitat particuli?rement choisi par les grands volateurs de la contrée?... Les voit-on planer en troupes criardes au-dessus de ce repaire qui n'est accessible que pour eux?... Non, en vérité, et ils n'y sont pas plus nombreux que sur les autres sommets des Alleghanys. Au contraire m?me, et cette remarque a été faite qu'a de certains jours, lorsqu'ils s'approchent du Great-Eyry, ces oiseaux se montrent plutôt empressés a s'enfuir, et, apr?s avoir décrit dans leur vol des cercles multiples, ils s'éloignent en toutes directions, non sans troubler l'espace de leurs assourdissantes clameurs.
Alors, pourquoi ce nom de Great-Eyry, et n'e?t-il pas mieux valu l'appeler "cirque" tel qu'il s'en rencontre en tous pays dans les régions montagneuses?... La, en effet, entre les hautes parois qui l'entourent, doit se creuser une large et profonde cuvette... Qui sait m?me si elle ne contient pas un petit lac, un lagon, alimenté par les pluies et les neiges de l'hiver, ainsi qu'il en existe en maint endroit de la chaîne des Appalaches a des altitudes variables, comme en divers syst?mes orographiques de l'ancien et du nouveau continent?... Et ne devrait-il pas, d?s a présent, figurer sous cette dénomination dans les nomenclatures géographiques?...
Enfin, pour épuiser la série des hypoth?ses, n'y avait-il pas la le crat?re d'un volcan, et ce volcan dormait-il d'un long sommeil dont les poussées intérieures le réveilleraient quelque jour?... Fallait-il redouter en son voisinage les violences du Krakatoa ou les fureurs de la montagne Pelée?... Dans l'hypoth?se d'un lagon, n'était-il pas a craindre que ses eaux, pénétrant les entrailles de la terre, puis vaporisées par le feu central, ne vinssent a menacer les plaines de la Caroline d'une éruption équivalente a celle de 1902 de la Martinique?...
Or, justement, a l'appui de cette derni?re éventualité, certains symptômes récemment observés trahissaient par la production de vapeurs l'action d'un travail plutonique. Une fois m?me, les paysans, occupés dans la campagne, avaient entendu de sourdes et inexplicables rumeurs.
Des gerbes de flammes étaient apparues de nuit.
Des vapeurs sortaient de l'intérieur du Great-Eyry, et, lorsque le vent les eut rabattues vers l'est, elles laiss?rent sur le sol des traînées de cendre ou de suie. Enfin, au milieu des tén?bres, ces flammes blafardes, réverbérées par les nuages des basses zones, avaient répandu sur le district une sinistre clarté.
En présence de ces étranges phénom?nes, on ne s'étonnera pas que le pays se f?t abandonné a de sérieuses inquiétudes. Et a ces inquiétudes se joignait l'impérieux besoin de savoir a quoi s'en tenir. Les journaux de la Caroline ne cessaient de signaler ce qu'ils appelaient "le Myst?re du Great-Eyry". Ils demandaient s'il n'était pas dangereux de séjourner dans un tel voisinage... Leurs articles provoquaient a la fois la curiosité et les appréhensions, - curiosité de ceux qui, sans courir aucun danger, s'intéressaient aux phénom?nes de la nature, appréhensions de ceux qui risquaient d'en ?tre les victimes, si ces phénom?nes menaçaient la contrée environnante. Et, pour le plus grand nombre, c'étaient les habitants des bourgades de Pleasant-Garden, de Morganton et des villages ou simples fermes assez nombreuses au pied de la chaîne des Appalaches.
Assurément, il était regrettable que les ascensionnistes n'eussent pas cherché jusqu'alors a pénétrer dans le Great-Eyry. Jamais le cadre rocheux qui l'entourait n'avait été franchi, et peut-?tre m?me n'offrait-il aucune br?che qui e?t donné acc?s a l'intérieur.
Toutefois, le Great-Eyry n'était-il donc pas dominé par quelque hauteur peu éloignée, cône ou pic, d'o? le regard aurait pu parcourir toute son étendue?... Non, et, sur un rayon de plusieurs kilom?tres, son altitude n'était point dépassée. Le mont Wellington, l'un des plus hauts du syst?me des Alleghanys, se dressait a trop longue distance.
Cependant une reconnaissance compl?te de ce Great-Eyry s'imposait maintenant. Dans l'intér?t de la région, il fallait savoir s'il ne renfermait pas un crat?re, si une éruption volcanique menaçait ce district occidental de la Caroline. Il convenait donc qu'une tentative f?t faite pour l'atteindre et déterminer la cause des phénom?nes observés.
Or, avant cette tentative, dont on savait les sérieuses difficultés, une circonstance se présenta, qui permettrait sans doute de reconnaître la disposition intérieure du Great-Eyry, sans en faire l'ascension.
Vers les premiers jours de septembre de cette année, un aérostat, monté par l'aéronaute Wilker, allait partir de Morganton. En profitant d'une brise de l'est, le ballon serait poussé vers le Great-Eyry, et il y avait des chances pour qu'il passât au-dessus. Alors, quand il le dominerait de quelques centaines de pieds, Wilker l'examinerait avec une puissante lunette, il l'observerait jusque dans ses profondeurs ; il reconnaîtrait si une bouche de volcan s'ouvrait entre ses hautes roches. C'était, en somme, la principale question. Une fois résolue, on saurait si la contrée environnante devait craindre quelque poussée éruptive dans un avenir plus ou moins rapproché.
L'ascension s'effectua selon le programme indiqué. Un vent moyen et régulier, un ciel pur. Les vapeurs matinales venaient de se dissiper aux vifs rayons du soleil. A moins que l'intérieur du Great-Eyry ne f?t empli de brumailles, l'aéronaute pourrait le fouiller du regard dans toute son étendue. Si des vapeurs s'en dégageaient, nul doute qu'il ne les aperç?t. En ce cas, il faudrait bien admettre qu'un volcan, ayant le Great-Eyry pour crat?re, existait en ce point des Montagnes Bleues.
Le ballon s'éleva tout d'abord a une altitude de quinze cents pieds et resta immobile pendant un quart d'heure. La brise ne se faisait plus sentir a cette hauteur, alors qu'elle courait a la surface du sol. Mais, grosse déception! l'aérostat ne tarda pas a subir l'action d'un nouveau courant atmosphérique, et prit direction vers l'est. Il s'éloignait ainsi de la chaîne et nul espoir qu'il d? y ?tre ramené. Les habitants de la bourgade le virent bientôt disparaître et apprirent plus tard qu'il avait atterri aux environs de Raleigh, dans la Caroline du Nord.
La tentative ayant échoué, il fut décidé qu'elle serait reprise en de meilleures conditions. En effet, d'autres rumeurs se produisirent encore, accompagnées de vapeurs fuligineuses, de lueurs vacillantes que réverbéraient les nuages. On comprendra donc que les inquiétudes ne pussent se calmer. Aussi, le pays demeurait-il sous la menace de phénom?nes sismiques ou volcaniques.
Or, dans les premiers jours d'avril de cette année-la, voici que les appréhensions, plus ou moins vagues jusqu'alors, eurent des motifs sérieux de tourner a l'épouvante. Les journaux de la région firent promptement écho a la terreur publique. Tout le district compris entre la chaîne et la bourgade de Morganton d? redouter un bouleversement prochain.
La nuit du 4 au 5 avril, les habitants de Pleasant-Garden furent réveillés par une commotion qui fut suivie d'un bruit formidable. De la, irrésistible panique, a la pensée que cette partie de la chaîne venait de s'effondrer. Sortis des maisons, tous étaient pr?ts a s'enfuir, craignant de voir s'ouvrir quelque immense abîme o? s'engloutiraient fermes et villages sur une étendue de dix a quinze milles.
La nuit était tr?s obscure. Un plafond d'épais nuages s'appesantissait sur la plaine. M?me en plein jour, l'ar?te des Montagnes Bleues n'e?t pas été visible.
Au milieu de cette obscurité, impossible de rien distinguer, ni de répondre aux cris qui s'élevaient de toutes parts. Des groupes effarés, hommes, femmes, enfants, cherchaient a reconnaître les chemins praticables et se poussaient en grand tumulte. Deça, dela, s'entendaient des voix effrayées:
"C'est un tremblement de terre!...
- C'est une éruption!...
- D'o? vient-elle?
- Du Great-Eyry..." Et jusqu'a Morganton courut la nouvelle que des pierres, des laves, des scories, pleuvaient sur la campagne. On aurait pu faire observer, tout au moins, que dans le cas d'une éruption, les fracas se fussent accentués. Des flammes auraient apparu sur la cr?te de la chaîne. Les coulées incandescentes n'auraient pu échapper aux regards a travers les tén?bres. Or, a personne ne venait cette réflexion, et ces épouvantés assuraient que leurs maisons avaient ressenti les secousses du sol. Il était possible, d'ailleurs, que ces secousses fussent causées par la chute d'un bloc rocheux qui se serait détaché des flancs de la chaîne. Tous attendaient, en proie a une mortelle inquiétude, pr?ts a s'enfuir vers Pleasant-Garden ou Morganton. Une heure s'écoula sans autre incident. A peine si une brise de l'ouest, en partie arr?tée contre le long écran des Appalaches, se faisait sentir a travers le rude feuillage des conif?res, agglomérés dans les bas-fonds des marécages. Il n'y eut donc pas de nouvelle panique et chacun se disposa a réintégrer sa maison. Il semblait bien qu'il n'y e?t plus rien a craindre, et, pourtant, il tardait a tous que le jour repar?t. Qu'un éboulement se f?t produit, tout d'abord, qu'un énorme bloc e?t été précipité des hauteurs du Great-Eyry, cela ne paraissait pas douteux. Aux primes lueurs de l'aube, il serait facile de s'en assurer, en longeant la base de la chaîne sur une étendue de quelques milles. Mais voici que - vers trois heures du matin -, autre alerte, des flammes se dress?rent au-dessus de la bordure rocheuse. Reflétées par les nuages, elles illuminaient l'atmosph?re sur un large espace. En m?me temps, des crépitements se faisaient entendre.
Était-ce un incendie qui s'était spontanément déclaré a cette place, et a quelle cause e?t-il été d??... Le feu du ciel ne pouvait l'avoir allumé... Aucun éclat de foudre ne troublait les airs... Il est vrai, les aliments ne lui eussent pas manqué. A cette hauteur la chaîne des Alleghanys est encore boisée, aussi bien sur le Cumberland que sur les Montagnes Bleues. Nombre d'arbres y poussent, cypr?s, lataniers et autres essences a feuillage persistant.
"L'éruption!... l'éruption!..."
Ces cris retentirent de tous côtés. Une éruption!... Le Great-Eyry n'était donc que le crat?re d'un volcan creusé dans les entrailles de la chaîne! Éteint depuis tant d'années, tant de si?cles m?me, venait-il donc de se rallumer?... Aux flammes, une pluie de pierres embrasées, une averse de déjections éruptives allaient-elles se joindre?... Est-ce que les laves ne tarderaient pas a descendre, avalanche ou torrent de feu, qui br?lerait tout sur son passage, anéantirait les bourgades, les villages, les fermes, en un mot cette vaste contrée, ses plaines, ses champs, ses for?ts, jusqu'au-dela de Pleasant-Garden ou de Morganton?...
Cette fois, la panique se déclara, et rien n'e?t pu l'arr?ter. Les femmes, entraînant leurs enfants, folles de terreur, se jet?rent sur les routes de l'est, pour s'éloigner au plus vite du théâtre de ces troubles telluriques. Nombre d'hommes, vidant leurs maisons, faisaient des paquets de ce qu'ils avaient de plus précieux, mettaient en liberté les animaux domestiques, chevaux, bestiaux, moutons, qui s'effaraient en toutes directions. Quel désordre devait résulter de cette agglomération humaine et animale, au milieu d'une nuit obscure, a travers ces for?ts exposées aux feux du volcan, le long de ces marais dont les eaux risquaient de déborder!... Et la terre m?me ne menaçait-elle pas de manquer sous le pied des fuyards?... Auraient-ils le temps de se sauver si un mascaret de laves incandescentes, se déroulant a la surface du sol, leur coupait la route et rendait toute fuite impossible?...
Toutefois, quelques-uns, parmi les principaux propriétaires de fermes, plus réfléchis, ne s'étaient point m?lés a cette foule épouvantée que leurs efforts n'avaient pu retenir.
Partis en observation jusqu'a un mille de la chaîne, ils se rendirent compte que l'éclat des flammes diminuait, et peut-?tre celles-ci finiraient-elles par s'éteindre. Au vrai, il ne paraissait pas que la région f?t menacée d'une éruption. Aucune pierre n'était lancée dans l'espace, aucun torrent de lave ne dévalait des talus de la montagne, aucune rumeur ne courait a travers les entrailles du sol... Nulle manifestation de ces troubles sismiques qui peuvent en un instant, bouleverser tout un pays.
Cette observation fut donc faite, et justement faite: c'est que l'intensité du feu devait décroître a l'intérieur du Great-Eyry. La réverbération des nuages s'affaiblissait peu a peu, la campagne serait bientôt plongée jusqu'au matin dans une profonde obscurité.
Cependant la cohue des fuyards s'était arr?tée a une distance qui la mettait a l'abri de tout danger. Puis, ils se rapproch?rent, et quelques villages, quelques fermes furent réintégrés avant les premi?res lueurs du matin.
Vers quatre heures, c'est a peine si les bords du Great-Eyry se teignaient de vagues reflets. L'incendie prenait fin, faute d'aliment sans doute, et, bien qu'il f?t encore impossible d'en déterminer la cause, on put espérer qu'il ne se rallumerait pas.
En tout cas, ce qui parut probable, c'est que le Great-Eyry n'avait point été le théâtre de phénom?nes volcaniques. Il ne semblait donc pas que, dans son voisinage, les habitants fussent a la merci soit d'une éruption, soit d'un tremblement de terre.
Mais voici que, vers cinq heures du matin, au-dessus des cr?tes de la montagne, encore noyées de l'ombre nocturne, un bruit étrange se fit entendre a travers l'atmosph?re, une sorte de hal?tement régulier, accompagné d'un puissant battement d'ailes. Et, s'il e?t fait jour, peut-?tre les gens des fermes et des villages eussent-ils vu passer un gigantesque oiseau de proie, quelque monstre aérien, qui, apr?s s'?tre enlevé du Great-Eyry, fuyait dans la direction de l'est!
II. A Morganton.
Le 27 avril, parti la veille de Washington, j'arrivai a Raleigh, chef-lieu de l'État de la Caroline du Nord.
Deux jours avant, le directeur général de la police m'avait demandé a son cabinet. Mon chef m'attendait non sans quelque impatience. Voici l'entretien que j'eus avec lui, et qui motiva mon départ:
"John Strock, débuta-t-il, ?tes-vous toujours l'agent sagace et dévoué qui, en mainte occasion, nous a donné des preuves de dévouement et de sagacité?...
- Monsieur Ward, répondis-je en m'inclinant, ce ne serait pas a moi d'affirmer si je n'ai rien perdu de ma sagacité... Mais, quant a mon dévouement, je puis déclarer qu'il vous reste tout entier...
- Je n'en doute pas, reprit M. Ward, et je vous pose seulement cette question plus précise: ?tes-vous toujours l'homme si curieux, si avide de pénétrer un myst?re, que j'ai connu jusqu'ici?...
- Toujours, monsieur Ward.
- Et cet instinct de curiosité ne s'est point affaibli en vous par le constant usage que vous en avez fait?...
- En aucune façon!
- Eh bien, Strock, écoutez-moi."
M. Ward, alors âgé de cinquante ans, dans toute la force de l'intelligence, était tr?s entendu aux importantes fonctions qu'il remplissait. Il m'avait plusieurs fois chargé de missions difficiles dont je m'étais tiré avec avantage, m?me dans un intér?t politique, et qui me valurent son approbation. Or, depuis quelques mois, aucune occasion de reprendre mon service ne s'était présentée, et cette oisiveté ne laissait pas de m'?tre pénible. J'attendais donc, non sans impatience, la communication qu'allait me faire M. Ward. Je ne doutais pas qu'il ne s'agît de me remettre en campagne pour quelque sérieux motif.
Or, voici de quelle affaire m'entretint le chef de la police, - affaire qui préoccupait actuellement l'opinion publique, non seulement dans la Caroline du Nord et dans les États voisins, mais aussi dans toute l'Amérique.
"Vous n'?tes pas, me dit-il, sans avoir connaissance de ce qui se passe en une certaine partie des Appalaches, aux environs de la bourgade de Morganton?...
- En effet, monsieur Ward, et, a mon avis, ces phénom?nes au moins singuliers sont bien faits pour piquer la curiosité, ne f?t-on pas aussi curieux que je le suis.
- Que ce soit singulier, étrange m?me, Strock, aucun doute a ce sujet. Mais il y a lieu de se demander si lesdits phénom?nes observés au Great-Eyry ne constituent pas un danger pour les habitants de ce district, s'ils ne sont pas les signes avant-coureurs de quelque éruption volcanique ou de quelque tremblement de terre...
- C'est a craindre, monsieur Ward...
- Il y aurait donc intér?t, Strock, a savoir ce qu'il en est. Si nous sommes désarmés en présence d'une éventualité d'ordre naturel, il conviendrait pourtant que les intéressés fussent prévenus a temps du danger qui les menace.
- C'est le devoir des autorités, monsieur Ward, répondis-je. Il faudrait se rendre compte de ce qui se passe la-haut...
- Juste, Strock, mais, paraît-il, cela présente de graves difficultés. On rép?te volontiers dans le pays qu'il est impossible de franchir les roches du Great-Eyry, d'en visiter l'intérieur... Or, a-t-on jamais essayé de le faire et dans de bonnes conditions de réussite?... Je ne le crois pas, et, a mon avis, une tentative sérieusement effectuée ne pourrait donner que de bons résultats.
- Rien n'est impossible, monsieur Ward, et il n'y a la, sans doute, qu'une question de dépense...
- Dépense justifiée, Strock, et il n'y faut pas regarder lorsqu'il s'agit de rassurer toute une population ou de la prévenir pour éviter une catastrophe... D'ailleurs, est-il bien s?r que l'enceinte du Great-Eyry soit aussi infranchissable qu'on le prétend?... Et qui sait si une bande de malfaiteurs n'y a pas établi son repaire auquel on acc?de par des chemins connus d'elle seule?...
- Quoi!... monsieur Ward, vous auriez ce soupçon que des malfaiteurs...
- Il se peut, Strock, que je me trompe, et que tout ce qui se passe la soit d? a des causes naturelles... Eh bien, c'est ce que nous voulons déterminer, et dans le plus bref délai.
- Puis-je me permettre une question, monsieur Ward?...
- Allez, Strock.
- Lorsqu'on aura visité le Great-Eyry, lorsque nous connaîtrons l'origine de ces phénom?nes, s'il existe la un crat?re, si une éruption est prochaine, pourrons-nous l'emp?cher?...
- Non, Strock, mais les habitants du district auront été avertis... On saura a quoi s'en tenir dans les villages, et les fermes ne seront pas surprises. Qui sait si quelque volcan des Alleghanys n'expose pas la Caroline du Nord aux m?mes désastres que la Martinique sous les feux de la montagne Pelée?... Il faut au moins que toute cette population puisse se mettre a l'abri...
- J'aime a croire, monsieur Ward, que le district n'est pas menacé d'un pareil danger...
- Je le souhaite, Strock, et il paraît d'ailleurs improbable qu'un volcan existe dans cette partie des Montagnes Bleues. La chaîne des Appalaches n'est point de nature volcanique... Et, cependant, d'apr?s les rapports qui nous ont été communiqués, on a vu des flammes s'échapper du Great-Eyry... On a cru sentir, sinon des tremblements, du moins des frémissements a travers le sol jusqu'aux environs de Pleasant-Garden... Ces faits sont-ils réels ou imaginaires?... Il convient d'?tre fixé a cet égard...
- Rien de plus prudent, monsieur Ward, et il ne faudrait pas attendre...
- Aussi, Strock, avons-nous décidé de procéder a une enqu?te sur les phénom?nes du Great-Eyry. On va se rendre au plus tôt dans le pays afin d'y recueillir tous les renseignements, interroger les habitants des bourgades et des fermes... Nous avons fait choix d'un agent qui nous donne toute garantie, et cet agent, c'est vous, Strock...
- Ah! volontiers, monsieur Ward, m'écriai-je, et soyez s?r que je ne négligerai rien pour vous procurer toute satisfaction...
- Je le sais, Strock, et j'ajoute que c'est une mission qui doit vous convenir...
- Entre toutes, monsieur Ward.
- Vous aurez la une belle occasion d'exercer et, j'esp?re, de satisfaire cette passion spéciale qui fait le fond de votre tempérament...
- Comme vous dites.
- D'ailleurs, vous serez libre d'opérer suivant les circonstances. Quant aux dépenses, s'il y a lieu d'organiser une ascension qui peut ?tre co?teuse, vous aurez carte blanche...
- Je ferai pour le mieux, monsieur Ward, et vous pourrez compter sur moi...
- Maintenant, Strock, recommandation d'agir avec toute la discrétion possible, lorsque vous recueillerez des renseignements dans le pays... Les esprits y sont encore tr?s surexcités... Il y aura bien des réserves a faire sur ce qui vous sera raconté, et, dans tous les cas, évitez d'y déterminer une nouvelle panique...
- C'est entendu...
- Vous serez accrédité pr?s du maire de Morganton, qui man?uvrera de concert avec vous... Encore une fois, soyez prudent, Strock, et n'associez a votre enqu?te que les personnes dont vous aurez absolument besoin. Vous nous avez souvent montré des preuves de votre intelligence et de votre adresse, et, cette fois, nous comptons bien que vous réussirez...
- Si je ne réussis pas, monsieur Ward, c'est que je me heurterai a des impossibilités absolues, car enfin il est possible qu'on ne puisse forcer l'entrée du Great-Eyry, et, dans ce cas...
- Dans ce cas, nous verrions ce qu'il y aurait a faire. Je le rép?te, nous savons que, par métier, par instinct, vous ?tes le plus curieux des hommes, et c'est la une superbe occasion de satisfaire votre curiosité."
M. Ward disait vrai.
Je lui demandai alors:
"Quand dois-je partir?...
- D?s demain.
- Demain, j'aurai quitté Washington, et apr?s-demain je serai a Morganton.
- Vous me tiendrez au courant par lettre ou télégramme...
- Je n'y manquerai pas, monsieur Ward... En prenant congé de vous, je vous renouvelle mes remerciements de m'avoir choisi pour diriger cette enqu?te dans l'affaire du Great-Eyry."
Et comment aurais-je pu soupçonner ce que me réservait l'avenir!
Je rentrai immédiatement a la maison, o? je fis mes préparatifs de départ, et le lendemain, d?s l'aube, le rapide m'emportait vers la capitale de la Caroline du Nord.
Arrivé le soir m?me a Raleigh, j'y passai la nuit, et, le lendemain, dans l'apr?s-midi, le railroad qui dessert la partie occidentale de l'État me déposait a Morganton.
Morganton n'est a proprement parler qu'une bourgade. Bâtie en pleins terrains jurassiques particuli?rement riches en houille, l'exploitation des mines s'y effectue avec une certaine activité. D'abondantes eaux minérales y sourdent et, pendant la belle saison, attirent dans le district une foule de consommateurs. Autour de Morganton, le rendement agricole est considérable et les cultivateurs y exploitent avec succ?s les champs de céréales entre les multiples marais encombrés de sphaignes et de roseaux.
Nombreuses sont les for?ts d'arbres a verdure persistante. Ce qui manque a cette région, c'est le gaz naturel, cette inépuisable source de force, de lumi?re et de chaleur, si abondante dans la plupart des vallées des Alleghanys.
Il résulte de la composition du sol et de ses produits que la population est importante dans la campagne. Villages et fermes y foisonnent jusqu'au pied de la chaîne des Appalaches, ici, agglomérés entre les for?ts, la, isolés sur les premi?res ramifications.
On y compte plusieurs milliers d'habitants, tr?s menacés si le Great-Eyry était un crat?re de volcan, si une éruption couvrait la contrée de scories et de cendres, si des torrents de lave envahissaient la campagne, si les convulsions d'un tremblement de terre s'étendaient jusqu'au seuil de Pleasant-Garden et de Morganton.
Le maire de Morganton, M. Elias Smith, était un homme de haute stature, vigoureux, hardi, entreprenant, quarante ans au plus, d'une santé a défier tous les médecins des deux Amériques, fait aux froidures de l'hiver comme aux chaleurs de l'été, qui sont parfois excessives dans la Caroline du Nord. Grand chasseur s'il en fut, et non seulement de ce gibier de poil ou de plume qui pullule sur les plaines voisines des Appalaches, mais grand attaqueur d'ours et de panth?res, qu'il n'est pas plus rare de rencontrer a travers les épaisses cypri?res qu'au fond des sauvages gorges de la double chaîne des Alleghanys.
Elias Smith, riche propriétaire terrien, possédait plusieurs fermes aux environs de Morganton. Il en faisait valoir personnellement quelques-unes. Ses fermiers recevaient fréquemment sa visite, et, en somme, tout le temps qu'il ne résidait pas dans son home de la bourgade, il le passait en excursions et en chasses, irrésistiblement entraîné par ses instincts cynégétiques.
Dans l'apr?s-midi je me fis conduire a la maison d'Elias Smith. Il s'y trouvait ce jour-la, ayant été prévenu par télégramme. Je lui remis la lettre d'introduction de M. Ward qui m'accréditait pr?s de lui, et notre connaissance fut bientôt faite.
Le maire de Morganton m'avait reçu tr?s rondement, sans façon, la pipe a la bouche, le verre de brandy sur la table. Un second verre fut aussitôt apporté par la servante, et je dus faire raison a mon hôte avant de commencer l'entretien.
"C'est M. Ward qui vous envoie, me dit-il d'un ton de bonne humeur, eh bien, buvons d'abord a la santé de M. Ward!"
Il fallut choquer les verres et les vider en l'honneur du directeur général de la police...
"Et maintenant, de quoi s'agit-il?..." me demanda Elias Smith...
Je fis alors connaître au maire de Morganton le motif et le but de ma mission dans ce district de la Caroline du Nord. Je lui rappelai les faits ou plutôt les phénom?nes dont la région venait d'?tre le théâtre. Je lui marquai - et il en convint - a quel point il importait que les habitants de cette région fussent rassurés ou tout au moins mis sur leurs gardes. Je lui déclarai que les autorités se préoccupaient a bon droit de cet état de choses et voulaient y porter rem?de si cela était en leur puissance. Enfin, j'ajoutai que mon chef m'avait donné pleins pouvoirs a l'effet de mener rapidement et efficacement une enqu?te relative au Great-Eyry. Je ne devais reculer devant aucune difficulté, ni devant aucune dépense, étant bien entendu que le minist?re prenait tous les frais de ma mission a sa charge.
Elias Smith m'avait écouté sans prononcer une parole, mais non sans avoir plusieurs fois rempli son verre et le mien. Au milieu des bouffées de sa pipe, l'attention qu'il me pr?tait ne me laissait aucun doute. Je voyais son teint s'animer par instants, ses yeux briller sous leurs épais sourcils. Évidemment, le premier magistrat de Morganton était inquiet de ce qui se passait au Great-Eyry et il ne devait pas ?tre moins impatient que moi de découvrir la cause de ces phénom?nes.
D?s que j'eus achevé ma communication, Elias Smith, me regardant en face, resta quelques instants silencieux.
"Enfin, me dit-il, la-bas a Washington, on voudrait bien savoir ce que le Great-Eyry a dans le ventre?
- Oui, monsieur Smith...
- Et vous aussi?...
- En effet!...
- Moi de m?me, monsieur Strock!"
Et, pour peu que le maire de Morganton f?t un curieux de mon esp?ce, cela ferait bien la paire!
"Vous le comprenez, ajouta-t-il, en secouant les cendres de sa pipe, en ma qualité de propriétaire, les histoires du Great-Eyry m'intéressent, et, en ma qualité de maire, j'ai a me préoccuper de la situation de mes administrés...
- Double raison, répondis-je, et qui a d?, monsieur Smith, vous inciter a rechercher la cause des phénom?nes qui pourraient bouleverser toute la région!... Et, sans doute, ils vous auront paru inexplicables, non moins qu'inquiétants pour la population du district...
- Inexplicables, surtout, monsieur Strock, car, pour mon compte, je ne crois gu?re que ce Great-Eyry soit un crat?re, puisque la chaîne des Alleghanys n'est en aucun point volcanique. Nulle part, ni dans les gorges des Cumberland, ni dans les vallées des Montagnes Bleues, ne se trouvent traces de cendres, de scories, de laves et autres mati?res éruptives. Je ne pense donc pas que le district de Morganton puisse ?tre menacé de ce chef...
- C'est bien votre idée, monsieur Smith?...
- Assurément.
- Cependant ces secousses qui ont été ressenties dans le voisinage de la chaîne?...
- Oui... ces secousses... ces secousses!... répétait M. Smith en hochant la t?te. Et, d'abord, est-il certain qu'il y ait eu des secousses?... Précisément, lors de la grande apparition des flammes, je me trouvais a ma ferme de Wildon, a moins d'un mille du Great-Eyry, et, si un certain tumulte se produisait dans les airs, je n'ai constaté de secousses ni a la surface ni a l'intérieur du sol...
- Cependant, d'apr?s les rapports envoyés a M. Ward...
- Des rapports rédigés sous l'impression de la panique! déclara le maire de Morganton. En tout cas, je n'en ai point parlé dans le mien...
- C'est a retenir... Quant aux flammes qui dépassaient les derni?res roches...
- Oh! les flammes, monsieur Strock, c'est autre chose!... Je les ai vues... vues de mes propres yeux, et les nuages en réverbéraient les lueurs a grande distance. D'autre part, des bruits se faisaient entendre a la cr?te du Great-Eyry... des sifflements, tels ceux d'une chaudi?re que l'on vide de sa vapeur...
- Voila ce dont vous avez été témoin?...
- Oui... et j'en avais les oreilles assourdies!
- Puis, au milieu de ce tumulte, monsieur Smith, est-ce que vous ne croyez pas avoir surpris de grands battements d'ailes?...
- En effet, monsieur Strock. Or, pour produire ces battements, quel est donc l'oiseau gigantesque qui aurait traversé les airs, apr?s l'extinction des derni?res flammes?... Et de quelles ailes e?t-il été pourvu?... J'en suis donc a me demander si ce n'est point une erreur de mon imagination!... Great-Eyry, une aire habitée par des monstres aériens!... Est-ce qu'on ne les aurait pas depuis longtemps aperçus, planant au-dessus de leur immense nid de roches?... En vérité, il y a dans tout ceci un myst?re qui n'a pas été éclairci jusqu'ici...
- Mais que nous éclaircirons, monsieur Smith, si vous voulez bien me pr?ter assistance...
- Certes, monsieur Strock, et d'autant plus volontiers qu'il importe de rassurer la population du district...
- Alors, d?s demain, nous nous mettrons en campagne...
- D?s demain!" Et, sur ce mot, M. Smith et moi, nous nous sommes séparés. Je rentrai a l'hôtel, o? mes dispositions furent prises en vue d'un séjour qui pouvait se prolonger suivant les nécessités de l'enqu?te. Je ne négligeai point d'écrire a M. Ward. Je lui marquais mon arrivée a Morganton, je lui faisais connaître les résultats de ma premi?re entrevue avec le maire de la bourgade et notre résolution de tout faire pour conduire cette affaire a bon terme dans le plus bref délai. Je m'engageais, d'ailleurs, a l'informer de toutes nos tentatives, soit par lettre, soit par télégramme, afin qu'il su toujours a quoi s'en tenir sur l'état des esprits dans cette partie de la Caroline. Une seconde entrevue nous réunit, M. Smith et moi, l'apr?s-midi, et il fut décidé de partir aux lueurs naissantes du jour. Et voici a quel projet nous donnâmes la préférence: L'ascension de la montagne serait entreprise sous la direction de deux guides tr?s habitués aux excursions de ce genre. A plusieurs reprises, ils avaient gravi les plus hauts pics des Montagnes Bleues. Toutefois, ils ne s'étaient jamais attaqués au Great-Eyry, sachant bien qu'un cadre d'infranchissables roches en défendait l'abord, et, d'ailleurs, avant la production des derniers phénom?nes, ce Great-Eyry ne provoquait point la curiosité des touristes. Du reste, nous pouvions compter sur ces deux guides, que M. Smith connaissait personnellement, des hommes intrépides, adroits, dévoués. Ils ne reculeraient pas devant les obstacles et nous étions résolus a les suivre.
Au surplus, ainsi que le faisait remarquer M. Smith, peut-?tre n'était-il plus impossible de pénétrer maintenant a l'intérieur du Great-Eyry.
"Et pour quelle raison?... demandai-je.
- Parce qu'un bloc s'est détaché de la montagne, il y a quelques semaines, et peut-?tre a-t-il laissé une issue praticable...
- Ce serait une heureuse circonstance, monsieur Smith...
- Nous le saurons, monsieur Strock, et pas plus tard que demain...
A demain donc!"
Pan świata
Ostatnia powieść Juliusza Verne'a
I. Tajemnicze zjawiska.
Łańcuch gór, ciągnący się równolegle do wschodniego wybrzeża Ameryki Północnej i przerzynający Stany: Karolinę Północną, Wirginię, Maryland, Pensylwanię, New-York, nosi nazwę Alleganów albo inaczej Apalaszów. Tworzą go dwa pasma oddzielne: góry Kumberlandzkie na zachodzie i Niebieskie na wschodzie.
Długość Alleganów wynosi około 900 mil czyli 1600 kilometrów, średnia wysokość zaledwie dosięga 1600 stóp. Najwyższym szczytem jest Waszyngton.
Góry te mało przedstawiają uroku dla alpinistów.
Na początku 20-go wieku zwrócił jednak na siebie uwagę szczyt Great-Eyry, uważany przez turystów za niedostępny.
Jako główny inspektor policyi w Waszyngtonie, wziąłem czynny udział w niezwykłych wypadkach, których widownią była tak niedawno Ameryka Północna.
Great-Eyry znajduje się w górach Niebieskich, w Karolinie Północnej. U stóp jego leży wioska Pleasant-Garden, a nieco dalej miasteczko Morganton.
Skąd powstała nazwa Great-Eyry [Wielkie Gniazdo]? Może orły, sępy i kondory krążą nad tym szczytem częściej, niż nad innymi wirchami Alleganów? - Przeciwnie, w ostatnich czasach stada skrzydlatych drapieżców zdawały się nawet unikać tajemniczego wirchu, rozpraszając się w najrozmaitsze strony z oznakami niezwykłego przerażenia.
Jaką tajemnicę kryły te wysokie, strome urwiska? Może jezioro górskie, może lagunę, które tak często znajdujemy nietylko w Alleganach, lecz i we wszystkich innych systemach orograficznych starego i nowego świata?
A może to krater uśpionego wulkanu, który wybuchnie lada chwila, zlewając na okolicę klęski podobne do tych, jakie sprowadzały wybuchy Krakatoa i Mont-Peleé. Może równinom Karoliny groził opłakany los Martyniki w 1902 roku.
To ostatnie przypuszczenie zdawało się mieć uzasadnione podstawy. Pewnego razu włościanie, pracujący na polach, usłyszeli jakiś łoskot, głuchy, straszliwy.
W nocy zauważono ponad górami jakby snopy bladawych płomieni, które odbijając się od chmur zawieszonych poniżej rzucały na okolicę jakieś blaski posępne.
Z wnętrza Great-Eyry wydobywały się kłęby dymu i pary, zdradzając pracę sił wulkanicznych. Uniesione wiatrem ku wschodowi pozostawiały na ziemi ślady popiołu i sadzy.
Nic dziwnego zatem, że w obec zjawisk tak niezwykłych, w całej okolicy zapanował niepokój i żądza zbadania tajemniczego szczytu. Dzienniki stanu Karoliny nieustannie potrącały o tak zwaną "tajemnicę Great-Eyry", roztrząsając pytanie czy pobyt w Morganton, Pleasant-Garden oraz sąsiednich wioskach i fermach nie przedstawia niebezpieczeństwa poważnego; artykuły tego rodzaju rozbudzały zajęcie niezwykłe wśród szerszej publiczności, interesującej się zjawiskami przyrody w ogóle, oraz obawy ze strony tych wszystkich, którym katastrofa groziła bezpośrednio.
Żałowano powszechnie, że dotąd nikt z turystów nie wdarł się na ten wirch skalisty i niedostępny.
W promieniu wielu kilometrów nie było żadnego szczytu wyższego, skądby się można było przyjrzeć, chociażby przy pomocy lunety, tajemniczemu Great-Eyry.
A jednak zbadanie to zdawało się w chwili obecnej prawie koniecznością. Dla dobra całej okolicy należało się przekonać, czy istnieje tam krater i czy wybuch wulkanu nie zagraża stanowi Karoliny. W tym celu postanowiono urządzić wyprawę na Great-Eyry, nie zwracając uwagi na trudność zadania.
Przedtem jednak zaszła okoliczność, mogąca usunąć potrzebę tej wyprawy.
W pierwszych dniach września aeronauta Wilker, zapowiedział swój wzlot w Morgantonie, korzystając z wiatru wschodniego balon możnaby skierować ku Great-Eyry, a wzniosłszy się o kilkaset stóp ponad wierzchołek, Wilker, przy pomocy lunety, mógłby zbadać jego tajemnicę.
Wzlot został wykonany według programu. Wiatr był umiarkowany, niebo czyste i pogodne. Mgły poranne rozproszyły slę pod wpływem promieni słonecznych. Wzrok sięgał daleko. W tych warunkach aeronauta z łatwością mógłby dostrzedz na Great-Eyry obecność dymu i pary, które oczywiście, stwierdzałyby hypotezę wulkanu - o co głównie chodziło. Balon wzniósł się na wysokość 1500 stóp i zawisł w przestrzeni nieruchomo. Wiatru nie było najmniejszego. Lecz co za zawód! Po upływie kwadransa nowy prąd powietrza porwał balon i skierował go ku wschodowi, oddalając od pasma gór. Wkrótce potem dowiedziano się, że opadł na ziemię w pobliżu miasta Raleigh w Karolinie Północnej.
Wielkie nadzieje spełzły na niczem - postanowiono wprawdzie przedsięwziąć nową próbę lecz w warunkach pomyślniejszych.
Ponad Great-Eyry widywano wciąż dymy sadzowate, błyski migające, światełka niepewne.
W pierwszych dniach kwietnia r. b. obawy nieokreślone dotąd zaczęły graniczyć z przerażeniem. Dzienniki rozniosły szybko wieści zatrważające.
W nocy z 4-go na 5-ty kwietnia straszne wstrząśnienie, któremu towarzyszył głuchy, podziemny łoskot, zbudziło ze snu mieszkańców Pleasant-Garden. Powstała panika powszechna, wywołana myślą, że część górskiego łańcucha zapadła się w ziemię. Wszyscy rzucili się ku drzwiom gotowi do ucieczki, przekonani, że za chwilę otworzy się przed nimi jakaś przepaść olbrzymia, która pochłonie ich, sąsiednie fermy i wioski.
Noc była bardzo ciemna. Gęste skłębione obłoki zwieszały się nad posępną równiną. Nie sposób było rozpoznać nic. Zewsząd rozlegały się krzyki przerażenia. Spłoszone gromadki mężczyzn, kobiet i dzieci, tłoczyły się po ścieżkach i drogach. Tu i ówdzie rozlegały się wołania:
- Co to takiego?
- To trzęsienie ziemi.
- To wybuch wulkanu...
- To Great-Eyry przynosi nam zniszczenie!
Okropna wieść, dobiegła aż do Morgantonu. Godzina upłynęła, a żaden z zatrważających objawów się nie powtórzył. Powoli wszyscy ochłonęli z przestrachu i zaczęli powracać do swych domów. Nikt już nie wątpił, że to jakiś głaz olbrzymi - oberwał się z wyżyn Great-Eyry, każdy pragnął, aby świt co prędzej rozjaśnił ciemności.
Nagle - około godziny trzeciej - nowy popłoch.
Z głębi skalistego zrębu wybuchły płomienie, rzucając potoki światła na znaczną przestrzeń nieba. Równocześnie usłyszano grom straszliwy i jakby trzask palących się drzew.
Co spowodowało ten pożar dziwny w miejscu tak niezwykłem? Z pewnością nie piorun, nikt bowiem nie słyszał jego uderzenia. Materyału dla ognia była moc, góry Niebieskie bowiem i Kumberlandzkie pokryte są gęstym lasem. Cyprysy, latanje i inne drzewa o listowiu trwałym znajdują się tam w wielkiej obfitości.
- Wybuch!... wybuch!...
Zewsząd się rozlegały okrzyki przerażenia.
A zatem Great-Eyry ukrywał w swej głębi krater wulkanu! Wulkan ten, zagasły od tylu lat, a może nawet od tylu wieków, wybuchł znowu.
Wkrótce więc deszcz rozpalonych do czerwoności kamieni spadnie na dolinę; potoki lawy i ognia zaleją te niwy, lasy, wsi i miasteczka aż do Gleasant-Garden i Morganton.
Tym razem nic już paniki powstrzymać nie mogło. Kobiety, oszalałe prawie z przerażenia, ciągnąc za sobą dzieci, uciekały ku wschodowi chcąc się oddalić co prędzej od tych miejsc pełnych grozy. Mężczyźni zapakowywali pośpiesznie wszystkie kosztowności, wypuszczali na swobodę bydło domowe, konie, owce, które się rozbiegały we wszystkie strony.
To skupienie ludzi i zwierząt w noc ciemną, wśród lasów, wystawionych na działanie ogni wulkanicznych, nad brzegiem bagnisk, grożących wylewem, wytwarzało jakiś chaos dziwny. Może nawet ziemia rozstąpi się pod stopami uciekinierów? Może przypływ lawy, zagrodzi im drogę, uniemożliwiając wszelki ratunek?... Rozsądniejsi wszelako nie łączyli się z tym tłumem rozszalałym, którego żadna siła powstrzymać nie mogła.
Istotnie, blask płomieni zmniejszał się widocznie, można więc było przypuszczać, że dziwny ten pożar zagaśnie wkrótce. Ani jeden kamień nie spadł na równinę, ani jeden potok lawy nie przedarł się przez gąszcz leśny; żaden łoskot podziemny nie wstrząsnął powierzchnią ziemi. Nad równiną zapanowała wkrótce ciemność i cisza.
Tłum uciekających zatrzymał się w pewnej odległości, gdzie już niebezpieczeństwo zdawało się nie grozić.
Odważniejsi wrócili nawet z pierwszym brzaskiem dnia do swych ferm i wiosek.
Około godziny czwartej zaledwie niewyraźny blask różowił jeszcze wierzchołek Great-Eyry. Oczywiście pożar się kończył i można było mieć nadzieję, że się więcej nie powtórzy.
Bądź co bądź nasuwało się przypuszczenie, że dziwne zjawiska, związane z Great-Eyry, nie były natury wulkanicznej. Mieszkańcom zatem nie groziła żadna katastrofa.
Nagle, około godziny piątej, ponad grzbietem gór tonących jeszcze w cieniach nocy, usłyszano jakiś szum niezwykły, jakiś hałas dziwny, jakby sapanie miarowe, któremu towarzyszył potężny ruch skrzydeł.
Gdyby nie mrok poranny, możeby mieszkańcy sąsiednich ferm i wiosek ujrzeli olbrzymiego ptaka, jakiegoś potwora napowietrznego, który, wzniósłszy się ponad Great-Eyry, ulatywał ku wschodowi.
Przypis
II. W Morgantonie.
Dwudziestego siódmego kwietnia stanąłem w Raleigh, głównem mieście Karoliny Północnej.
Dwa dni przedtem pan Ward, dyrektor policyi w Waszyngtonie, wezwał mnie do swego biura.
- Panie Strock - rzekł do mnie - zwracam się do pana, jako do agenta zdolnego, przenikliwego, pełnego zapału. Chcę panu polecić trudną misyę.
Złożyłem ukłon głęboki.
- Jestem całkowicie na usługi pana. Co się zaś tyczy mego poświęcenia...
- Tego jestem pewny. Zaraz panu wyłuszczę, o co rzecz idzie.
Pan Ward powierzał mi już nieraz sprawy trudne, z których zawsze wywiązywałem się pomyślnie. Posiadałem więc całkowite uznanie dyrektora. Teraz od dłuższego już czasu nie zdarzył się żaden wypadek ciekawy. Bezczynność zaczynała mi ciężyć. Z niecierpliwością więc wyczekiwałem nowego zlecenia.
- Słyszałeś pan, zapewne, o niezwykłych zjawiskach w okolicach Morgantonu... Potrzeba zbadać na miejscu, czy zaszłe tam nadzwyczajne wypadki nie przedstawiają niebezpieczeństwa dla ludności okolicznej? Np., czy nie są one zapowiedzię wybuchów wulkanicznych, albo trzęsienia ziemi. Musimy się dowiedzieć koniecznie. Co się dzieje na tym szczycie tajemniczym. Utarło się mniemanie, że jest on niedostępny. Wątpię jednak o tem. Należałoby przedsięwziąć wyprawę doraźną, nie oglądając się na wydatki. Idzie tu przecież o uspokojenie mieszkańców i osłonięcie ich przed możliwem niebezpieczeństwem.... Zresztą może się na Great-Eyry ukrywa banda złoczyńców?...
- Czyżby pan przypuszczał?...
- Wszystko jest możliwe... Zresztą mogę się mylić... Zależy mi jednak, aby w czasie jak najkrótszym rozwikłać tę sprawę zagadkową. A może Karolinie Północnej grozi opłakany los Martyniki? Wprawdzie góry Allegańskie nie są natury wulkanicznej... W każdym razie jednak należy coprędzej zająć się urządzeniem wyprawy na Great-Eyry, a przedtem jeszcze rozpytać dokładnie mieszkańców. Nie taję, że zadanie to jest bardzo trudne i dlatego powierzamy je panu.
- Wdzięczny jestem niezmiernie i postaram się odpowiedzieć godnie położonemu we mnie zaufaniu.
- Jeszcze jedno panie Strock: zalecam panu jaknajwiększą ostrożność i dyskrecyę, aby daremnie nie płoszyć mieszkańców.
- Rozumiem, panie Ward. Kiedy mam wyjechać?
- Jutro.
- Pojutrze zatem będę w Morgantonie.
- Nie zapomnij pan donosić mi codziennie o przebiegu sprawy.
- Będę przysyłał listy i telegramy. Żegnam pana i dziękuję najgoręcej za powierzenie mi tej misyi.
Udałem się co prędzej do domu i zająłem się przygotowaniami do odjazdu.
Nazajutrz o świcie pociąg pośpieszny unosił mnie do Raleigh, stolicy Karoliny Północnej.
Przybyłem tam późnym wieczorem, przenocowałem, a nazajutrz rano wyruszyłem w dalszą drogę. Po południu stanąłem w Morgantonie. Miasteczko to zbudowane jest na gruncie wapiennym. W okolicy znajdują się bogate pokłady węgla kamiennego, które wywołały rozwój górnictwa. Obfite źródła mineralne ściągają podczas sezonu licznych gości. W sąsiednich wioskach rozwija się pomyślnie rolnictwo. Mieszkańcy uprawiają z powodzeniem rozmaite gatunki zbóż. Pola leżą przeważnie wśród błot, zarośniętych mchem i trzciną.
Lasów bardzo dużo. Większość drzew o listowiu trwałym. Brak tylko źródeł nafty, których obfitość cechuje równiny allegańskie.
Ustrój powierzchni i bogactwo pokładów spowodowały gęstość zaludnienia; liczne wioski i fermy urozmaicają jednostajność lasów i pól uprawnych.
Eljasz Smith, mer Morgantonu, wysoki, silnie zbudowany, a śmiały i energiczny, liczył już lat przeszło czterdzieści. Zahartowany na mróz i upały, które w Karolinie Północnej bywają niezwykle silne, namiętny myśliwy uganiał się nietylko za dzikiem ptactwem i zwierzyną, lecz nawet za niedźwiedziami i panterami, których bardzo wiele znajduje się w zaroślach cyprysowych i wąwozach allegańskich.
Eljasz Smith był właścicielem licznych ferm, któremi zarządzał osobiście. Tam też spędzał wszystkie chwile wolne od zajęć, oddając się łowiectwu.
Zaraz po przybyciu do Morgantonu udałem się do mieszkania p. Eljasza, który o moim przybyciu był już uprzedzony. Wręczyłem mu list polecający od p. Warda. Znajomość zawartą została szybko.
Zasiedliśmy do stolika i popijając brandy, oraz paląc fajki, zaczęliśmy rozmowę o wypadkach na Great-Eyry i o mojej misyi. Pan Eljasz Smith słuchał mnie w milczeniu i bardzo uważnie. Od czasu do czasu napełniał szklanki. Po oczach błyszczących, z pod gęstych brwi i ożywionym wyrazie twarzy można było poznać, że sprawa zjawisk tajemniczych obchodzi go mocno. Nie dziwiłem się temu wcale: jako najwyższy urzędnik w Morgantonie i właściciel ziemski, zainteresowany był przecież w tem osobiście.
... Istnienia krateru nie przypuszczam, Allegany bowiem nie posiadają wulkanów. Dotąd nie znaleziono nigdzie popiołów, lawy ani innych śladów wybuchu.
- A jednak wstrząśnienia, które odczuwano w pobliżu Pleasant-Garden...
- Wstrząśnienia? - powtórzył p. Smith, poruszając głową z niedowierzaniem. Czy jednak nie były one złudzeniem, wywołanem paniką powszechną? Znajdowałem się wtedy w swej fermie Wildon, mniej więcej o milę od Great-Eyry i nie skonstatowałem żadnych wstrząśnień ani pod ziemią ani też na jej powierzchni.
- A płomienie, wybuchające z pomiędzy skał?
- O, płomienie, to rzecz inna!... Widziałem je na własne oczy. Łuna oświetlała niebo na znacznej przestrzeni... Słyszałem też dziwny ogłuszający huk, łoskot... jakby potężny syk kotła, z którego wypuszczają parę.
- Raporty, przysyłane do pana Warda wspominają jeszcze o dziwnym hałasie, który przypominał jakby uderzanie olbrzymich skrzydeł...
- Istotnie... Słyszałem coś podobnego... Uważałem to jednak za złudzenie wyobraźni. Nie chce mi się wierzyć, żeby Great-Eyry mógł być gniazdem potworów napowietrznych. Jakże olbrzymim musiałby być ten ptak, żebyśmy u stóp Great-Eyry słyszeć mogli ruch jego skrzydeł!... Tak, w tem wszystkiem dziwna kryje się tajemnica!
- Wyjaśnimy ją wspólnemi siłami, panie Smith!
- Przynajmniej dołożymy wszelkich starań. Zaczynamy od jutra, nieprawdaż?
- Od jutra!
Udałem się do hotelu dla zarządzenia niezbędnych przygotowań i napisania listu do pana Warda.
Przed wieczorem zeszliśmy się raz jeszcze dla omówienia wszystkich szczegółów jutrzejszej wyprawy.